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Opérette interdite de Bahman Ghobadi


Film à la limite du documentaire, réalisé avec des bouts de ficelle. Il nous entraîne dans l'univers musical underground en Iran. Pour information, au cas où vous seriez mous du bulbe, l'Iran est un immense pays héritier de la civilisation Perse. Aujourd'hui dirigé par une poignée d'allumés qui se réfèrent abusivement au Coran pour contraindre la population. Selon l'ayattola Khoménie, illustre auteur du petit livre vert, la musique serait une arme de Satan, qu'il convient d'interdire. Entretemps le manège s'est ralenti. Si la musique n'est plus interdite, elle doit répondre à des normes strictes à la con. Sinon point d'autorisation, parcequ'il faut demander, voyez-vous... Par exemple une chanteuse ne peut pas chanter seule, ce n'est pas hallal. Il faut qu'elles soit deux. 40 ans après Oum Kalsoum, on se demande de quel cerveau shiite est sortie cette idée saugrenue. Les religieux  de l'extrème aiment bien ces interdictions, ce qui en dit long sur leur méconnaissance des peuples de l'Islam, si riches en musique et poésie. A Téhéran faire de la musique n'est pas un jeu d'adolescents, c'est un combat politique. La jeunesse musiqueuse, entre deux séjours en prison, butine de caves en étables pour préparer des concerts clandestins. On répète des chansons, en voiture, sur l'autoroute. L'autoroute c'est mieux, on a plus de temps. L'autre sport national consiste à établir de faux documents, pour quitter le pays le temps d'un concert en occident. Tarifs prohibitifs. L'argent reste, ici comme ailleurs, le principal obstacle à tous projets. Nous découvrons cet univers en suivant Nader à un rythme effréné, impayable coach-manager au débit de tchache surréaliste. Il nous entraînent de groupes en groupes, tous sous la menace d'une dénonciation et d'une descente de police : Rockers harcelès par un gamin cafteur, rapers marginaux ancrés à leur sol, lutteurs d'un rap contestataire limpide et enfin émouvantes chanson et danse traditionnelles. Toutes expriment ce même cri, ce même appel à la liberté. Au sommet d'une tour en construction, un raper scande son appel désespéré « dieu, réveille toi, j'ai à te parler... ». Puis un soir, l'affaire tourne en eau de saucisse, la faute à la police. Ça ne finit pas bien. Là bas ce doit être un classique... L'intrépide réalisateur Bahman Ghobadi a passé sa vie en lutte contre ce pouvoir. Aujourd'hui, avec ses deux comédiens ils vivent l'injuste retour des choses et sont bannis d'Iran.


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